mardi 25 juillet 2023

Annexes du journal de Gaston Nitzer

 

ANNEXES

 

Commandes

Gaston Nitzer était apparemment chargé de la gestion de l'approvisionnement dans son régiment. On trouve dans son carnet de 1916 plusieurs dizaines de listes d'aliments à commander. Une liste canonique revient systématiquement : pain, viande, lard, légumes, sel, sucre, café, vin, eau-de-vie, lait. D'autres viennent parfois s'y ajouter ; on trouve ainsi assez souvent l'un des produits suivants : haricots verts, petits pois, pâtes, riz, pommes de terre, farine, biscuits, citrons, huile, vinaigre, cigarettes, savon. Parfois des précisions, notamment pour la « popote officiers » lesquels se permettaient visiblement plus de luxe que les simples soldats ou sous-officiers comme Gaston : le 19 juillet « 1 boîte beurre, 2 boîtes confitures » ; le 22 octobre « 1 bouteille Mâcon, 1 bouteille Sauterne, 1 bouteille Pomard » ; d'autres fois, fromage, saucisse, tripes, chocolat, Champagne, alcool de menthe . . .

 

Morse

Sur une page du carnet figurent deux messages en morse. Une fois passé l'obstacle des lettres mal délimitées et des erreurs de transcription, voici ce qu'on lit :

- Permission de 24 heures

- La cote 1248 a été attaquée le 27 novembre

(La "cote 1248" devait avoir une importance stratégique : dans son ouvrage Les Poilus d'Orient (Fayard, 1998), à la page 259, Pierre Miquel parle de "la cote 1248" ou "le massif 1248", près de Monastir, à propos d'une attaque menée en mars 1917, donc après l'évacuation de Gaston Nitzer ; toutefois ce dernier évoque la cote 1248 dans son Journal le 27 novembre 1916)

 

Equipement

Voici la reproduction d'un tableau figurant dans le carnet de Gaston Nitzer, qui nous donne une idée de l'organisation matérielle :

 

Contrôle de la 4e Escouade

Noms

Grade

Fusils

Baïonnettes

Outils

Campement

Jacquot

Sergent

BC-57902

Q-21424



Nitzer

Caporal

FL-79405

FL-79405

cisailles


Faure

2e classe

S-35772

T-98603

pelle-bêche

marmite

Girin

2e classe

L-21422

H-87232

pelle-bêche

plat

Guiffray

1e classe

B-39935

S-59913

pelle-bêche

seau

Chambost

2e classe

C-82349

21424

serpe

marmite

Gubian

2e classe

TC-15203

15203

pelle-bêche

moulin à café

Jeanpetit

2e classe



pelle-bêche

s. à distribution

Chaussat

2e classe

FB-31445

30406

pelle-pioche

plat

Besson

2e classe



pelle-pioche

seau

Eyrqud

1e classe

F-29474

F-29474

hache

seau

Tatreaux

2e classe




s. à distribution

 

Effectifs

Voici la reproduction d'un tableau figurant dans le carnet de Gaston Nitzer qui nous donne une idée de l'origine des soldats (âge, ville de provenance, métier exercé dans le civil). J'ai laissé tombé le détail des armes pour des raisons de lisibilité et d'intérêt.

 

[Situation de famille : M = marié, C = célibataire, 1 = 1 enfant, 2 = 2 enfants]

 

[Outils : PB = pelle-bêche ; PP = pelle-pioche]

 

Pour certains est remplie une dernière colonne qui correspond apparemment à leur fonction dans l'armée : ce sont le plus souvent des termes techniques, mais Grossandeaux et Doucet sont « colombophiles » (préposé aux pigeons voyageurs).

 

Nom

Grade

Classe

Recrutement

Situation de famille

Métier

Outils

Campement

Faure Jean Michel

Caporal

1904

Montluçon

M 1

cultivateur

serpe

lanterne

 

Amelez Jérôme


1908

Dunkerque

M 2

cultivateur



Jossini Alphonse


1915

Bourges

C

cultivateur

PB

seau

Boiteau


1901

Soissons

M 2

[..nd ballaze ??]

PB

marmite

Pertuit Louis


1905

Rhône Sud

C

infirmier

cisaille


Rigodon Louis


1904

Lons le Saulnier

M 1

scieur

PP


Bertien Alfred


1901

Toul

M 1

cultivateur

PP


Audibert Caporal


1914

Nice

C

cultivateur

cisaille


Gaillard Joseph

1e cl .

1914

Guéret

C

cultivateur

PP


Chabert François


1917

Riom

C

coutelier

PP


Randon Jean

1e cl.

1902

Lyon-Sud

C

cultivateur

PP


Guillard Léonard


1914

Limoges

C

cultivateur

PB


Cousté Emile


1905

Seine

M

cultivateur

PB

seau

Robert Jean-François


1900

Belfort

C

cultivateur

PB

marmite

Grossandeaux

1e cl.

1898

Blois

M

cultivateur

PP

marmite

Bordas


1904

Magnac-Laval

M 1

cultivateur

GP 1916


Malochet

1e cl.

1899

Montluçon

M 1

cultivateur

PP


Masson René








Masson Jules








Caralepin Jean

Caporal

1908

Foix

C

cultivateur

PP

lanterne

Richenaud Pierre

2e cl.

1913

Limoges

C

cultivateur

PP

marmite

Michel Jean Baptiste

2e cl.

1917

Montluçon

C

cultivateur

cisaille


Cuera Jean Baptiste

2e cl.

1898

Le Puy

M 1

cultivateur

PB

marmite

Hainaud Georges

2e cl.

1909

Cambrai

M

vannier

PP


Parronin Paul

2e cl.

1909

Belfort

C

cultivateur

PB

plat

Biguird Henri

2e cl.

1900

Bourgoin

M 1

tailleur de pierre

PB


Décorat Pierre

Caporal

1901

Argentan

M 1

cultivateur

PB

lanterne

Séasseau Honoré

1e cl.

1910

Nice

C

tapissier

PB


Mathieu Philippe

2e cl.

1899

Montluçon

M 1

employé

PB

seau

Rigot Ernest

2e cl.

1904

Alençon

M 1

cultivateur

PP


Réat Xavier

2e cl.

1905

Privas

M 1

cultivateur

PB

marmite

Prat Claude

2e cl.

1904

Rhône Nord

C

coiffeur

PB


Segand Claude

2e cl.

1898

Roanne

C

cultivateur

PB


Vidal Jean

2e cl.

1900

Tulle

M 3

cultivateur

PB


Chartier Aimé

1e cl.

1902

Reims

M 2

corroyeur

PB


Reynaud Mathieu

1e cl.

1914

Montbrison

C

carrier



Nicolas Jean-Pierre

2e cl.

1918

Le Puy

C

cultivateur

PB


Marnier Jean

2e cl.

1918

Le Puy

C

cultivateur

PP


Vougé Louis

Sergent

1905

Besançon


cultivateur

PP


Magnier

Sergent







Lannoy Charles

Caporal

1917

St Omer


mouleur

pioche


Doucet Jean

2e cl.

1904

Nantes


camionneur



Gommès Joseph

2e cl.

1917

Perpignan


tailleur



Damel Louis

2e cl.

1918

Périgueux


cultivateur

PB


Nottelet Louis

2e cl.

1906

Laon

M 3

cultivateur



Emo Paul

2e cl.

1905

Le Havre


chaudronnier



Arménian Antoine

2e cl.

1918

Avignon


ballotier



Arroy Raymond


1908

Toulouse

C

tourneur



Laffitte








Dupont








Mathis Henri


1915

Dunkerque


journalier

PP


Colomez


1918

 

Perpignan


cultivateur

pelle


Barthes


1918

Carcassonne


cultivateur

PB


Barthelomé Cyprien


1908

Bergerac


cultivateur

PP


Huytaut


1914

Dunkerque


cultivateur

PB


James Pierre


1907

Montluçon


valet de chambre

PB


Rose Just


1904

Vesoul

M 2

cultivateur

PP


Dutoit








Dubourgeat








Pagand








Nitzer Gaston

Sergent

1908

Belfort

C

instituteur

M


Mercier

Caporal

1900

Fontenay le Comte


cultivateur



Mazeau André

2e cl.

1918

Périgueux

C

cultivateur



Bayle Léon

2e cl.

1918

Bergerac

C

cultivateur



Savereau Raoul

2e cl.

1918

Auxerre

C

cultivateur

PP


Girault Marin

2e cl.

1918

Béthune

C

ouvrier agricole



Orgevaux Nicolas


1908

Mézières


tourneur



Baden Armand


1917

St Etienne

C

tourneur



Marty Antoine


1916

Périgueux

C

cultivateur



Lavigne Emile


1918

Mende

C

cultivateur

PP


Neumann

Caporal

1914

St Jorioz

C

orfèvre



Patroux Claude

2e cl.

1914

Dijon

C

cultivateur



Gometz François

2e cl.

1918

Béthune

C

mineur



Valet Mary

2e cl.

1918

Auxerre

C

cultivateur



Chauvin Henri


1917

Falaise

C

bonnetier



Avenier Joseph


1914

Grenoble


papetier



Lagarde Jean


1901

Roanne


cultivateur



Favre Félix Paul


1917

Seine HB

C

emballeur



Bernard








Lietard Achille


1911

Lille

C

trieur



 

Lexique turc

an = séné
allumette = ichpirtot ou kibrib
âne = échek
artilleur = topchi
avoine = youlaf
 
bain = hammam
bouteille = chichet
bougie = moum
bois = odoun
beurre = yak
boeuf = kotch
baïonnette = kasatoura
bonsoir = guisel pora
bonjour = moraba
bon = giuselle
 
coq = orosse
chaud = sedjak
chaussettes = tchorap
cheminée = odjak
chèvre = kietchi
cheval = bargir
canard = urdek
chaise = sandalieh
cigarette = cigaralek
canon = top
canonnier = topchi
cavalier = souvari
combien = kachetir
chat = kiédi
chien = tiopek
 
demain = yarep
dormir = ouïki
 
eau = sane
 
feu = attech
fusil = maovser
froid = souk
fenêtre = pendjéreb
frère = kardache
fantassin = pïadé
figue = indjir
foin = otte
 
grenouille = kourbeuille
 
heure = sât
haricots = fasioulette
hache = boalta
 
ici = bourda
 
jour = djunn
 
lièvre = taouchanne
lune = eille
lait = sut
là-bas = orda
 
minute = dakika
manger = yanek
mors = aille
mouton = kousi
mère = âna
merci = aivalas (tu es bien aimable = afiétossou)
manger = yani
moi = senne
 
non = yok
 
oui = var
oeuf = youmourta
 
paille = samanne
poule = taoucht
pain = ekmek
porc = domousse
poisson = balek
père = baba
porte = kapi
pipe = tchoubouk
 
riz = pirinch
raisin = kouliusume
 
soldat = askière
seconde = sanillé
salut = gunech
scie = botschki ou tistérette
souliers = potine
sel = tousse
sucre = chékerre
 
table = massa
tabac = tutune
toi = benne
 
vache = koyoum
viande = ette

 

Les nombres turcs

1 bir
2 iki
3 utch
4 dört
5 biche
6 aolti
7 yédi
8 sékis
9 dokùs
10 one
20 yermi
30 otous
40 keurk
50 elli
60 aotmich
70 yetmich
80 seksenne
90 doksan
100 yùs
1000 binne

 

Année musulmane

Rébi ul Ervel (30 jours)

7
12 Mevloud. Naissance de Mahomet
13-14-15 jours heureux
1er janvier
6
7-8-9

Rébi ul Aïrkh (29 jours)

1
12
13-14-15 jours heureux
25
5 février
6-7-8

Djemazi ul Ervel (30 jours)

1
9 Naissance d'Ali
13-14-15 jours heureux
20 Prise de Constantinople
23
3 mars
7-8-9
14

Djemazi ul Aïrkh (29 jours)

1
13-14-15 jours heureux
25
6-7-8 avril

Redjeli (respect) (30 jours)

1
13-14-15 jours heureux
15 Conception du prophète, nuit du mystère
27 Ascension de Mahomet
23
5-6-7 mai

 

Chaban (29 jours)

1
13-14-15 jours heureux
15 Fête de l'épuration
23
4-5-6 juin
6

Ramazan (30 jours) jeûne de jour

1
13-14-15 jours heureux
17 Mort d'Ali
27 Fête de la 1e Révélation
21 juin
3-4-5 juillet
7
17

Cherval (29 jours)

1-2-3 Baïram. Fin du Ramadan
13-14-15 jours heureux
17 Victoire de Mahomet
21 Fête de la scission de la lune
21-22-23
2-3-4 août
6
10

Zulcadé (30 jours)

1
13-14-15 jours heureux
19
31 août, 1-2 septembre

Zilhidjé (29 jours)

1
10 Courban Baïram (sacrifice des moutons)
13-14-15 jours heureux
18 septembre
27
30 septembre, 1-2 octobre
1336
Moucharim (sacrifice) (30 jours)
1 Jour de l'an de l'hégire
10 Ashura. Jeûne fac [facultatif ?]
13-14-15 jours heureux
17
26
29-30-31

Sefer (29 jours)

1
13-14-15 jours heureux
16 novembre
28-29-30

Rébi ul Ervel

1
12 Mevloud. Naissance de Mahomet
13-14-15 jours heureux
15 décembre
26
27-28-29

 


(à l'intérieur de la couverture, début du carnet)

2e leçon pour groupe de [ fa . . .]

Durée : 30 minutes

Intensité : forte

 

[. . . eser] en train : Marche avec chants à cadence vive. Exercices d'assouplissement du tronc, bras et jambes

 

Ex. jambe : marcher. Ex. éducatif : marche allongée, en flexion du tronc. Jeux : les canards

 

Ex. bras : grimper. Ex. éducatif : appui avant, flexion des bras. Jeux : le chat perché

 

Ex. jambe : sauter. Ex. éducatif : sautillements sur place. Jeux : saut de mouton

 

Ex. bras : porter. Ex. éducatif : grande station écartée, circumduction du tronc. Jeux : la bascule dorsale

 

Ex. jambe : courir. Ex. éducatif : mains aux hanches, flexion des jambes. Jeux : pile ou face

 

Ex. bras : lancer. Ex. éducatif : circumduction des bras. Jeux : la balle cavalière

 

 

(à la fin du carnet)

Centre de grenadiers d'Issoire

Méthode d'instruction

 

Aux termes des instructions réglementaires, le lancement de la grenade faisant partie des programmes d'instruction, on doit l'enseigner au même titre que l'escrime à la baïonnette.

I. Tous les soldats quels qu'ils soient (armes à pied) doivent connaître le lancement de la grenade. Par conséquent, en ce qui concerne les compagnies de mobilisables il faut dans les progressions des 25 prévoir un entraînement méthodique et progressif du lancement.

II. Certaines catégories d'hommes peuvent recevoir un enseignement plus approfondi et former des grenadiers d'élite (rôle des écoles de grenadiers)

 

Instruction individuelle (hommes de troupe) :

La base de cette instruction repose sur le lancement d'après la méthode.

 

Méthode de lancement :

Elle est basée sur la souplesse plus que sur la force (éviter la raideur).

 

1er temps ou en position :

L'homme étant placé face à son objectif, lui faire faire à droite ; dans cette position, se fendre d'un demi-pas ou d'un pas suivant la conformation de l'homme (ne pas craindre de se fendre largement). Dans cette position, il importe peu que le pied gauche soit tourné face au but ou perpendiculairement au but. Tendre le bras gauche dans la direction de l'objectif et se servir de la main gauche comme cran de mire la main droite qui tient la grenade se détachant légèrement du corps.

 

2e temps :

La grenade étant armée pour lancer exécuter un mouvement de flexion latérale vers la gauche, la jambe gauche fléchie, la jambe droite tendue ; en même temps exécuter un mouvement de circumduction du bras droit d'arrière en avant. Dans ce mouvement, le bras droit doit raser la figure ; prolonger le mouvement le plus bas possible ; se redresser ensuite en exécutant le mouvement inverse , flexion latérale à droite, jambe droite fléchie, jambe gauche tendue, le bras gauche se trouvant en fin de mouvement exactement dans le prolongement du bras droit, la main droite venant en arrière et près du pied droit. A ce moment, tourner la tête à droite et regarder la grenade (mouvement très important) ; se redresser ensuite en accompagnant ce mouvement par une circumduction du bras droit d'arrière en avant ; en même temps, ramener violemment le bras gauche en arrière afin que les épaules se placent face à l'objectif, fléchir légèrement la jambe gauche et échapper la grenade lorsque le bras droit arrive à hauteur et contre la tête. Il est préférable que ce soit la tête qui s'efface légèrement pour permettre le passage du bras et non le bras qui s'écarte pour ne pas toucher la tête.

 

Il faut à tout prix que dans le premier temps la main gauche, l'épaule gauche, la main droite et l'épaule droite se trouvent sur le même plan et que ce plan passe par le but. Il faut également que la ligne qui joint les deux talons aboutisse au but (pour éviter le fauchage). Il faut que les mouvements de circumduction du bras droit se fassent en pivotant autour de l'épaule de manière que le bras droit rase la figure. Pour obvier aux mouvements de fauchage, faire exécuter les premiers exercices d'entraînement (deux ou trois séances) en imposant au lanceur d'échapper la grenade lorsque le bras arrivera contre la tête.

 

Echappement de la grenade :

Ne pas échapper la grenade trop tôt ce qui provoquerait un tir en chandelle, éviter de l'échapper trop tard, la grenade peut tomber aux pieds du lanceur. Recommander d'échapper la grenade lorsque le bras droit arrive à hauteur du visage et qu'il se trouve sensiblement dans le prolongement de la jambe droite. En toutes circonstances il faut rechercher une trajectoire courbe et proscrire d'une façon absolue les trajectoires tendues.

 

Buts de la méthode de lancement :

1. Eviter la fatigue

2. Obtenir un tir précis

3. Obtenir un tir courbe

4. Diminuer les accidents

5. Diminuer la consommation des munitions

6. Augmenter l'effet moral produit

 

Progression d'exercices

L'instruction se donnera sous deux formes :

1. instruction individuelle

2. instruction du groupe

 

Exécution des tirs réels

A l'intérieur l'exécution des tirs réels doit se faire dans un ouvrage spécial. Il faut créer autour des points de chute une zone de 500m de rayon à interdire à la circulation. Il faut avoir soin d'entourer la fosse de tir d'une clôture et de la munir de pancartes en interdisant l'accès.

 

Instruction théorique

En même temps que la méthode de lancement, donner des indications très sommaires sur la manipulation des grenades, surtout de la grenade automatique.

Attirer l'attention sur les points suivants :

1. Toute grenade est dangereuse si on la manie sans précaution.

2. Le bouchon allumeur à lui seul est dangereux.

3. Si lors d'une manipulation de grenade un bouchon allumeur prend feu accidentellement, il faut la jeter au loin immédiatement. 

 

Contexte historique pour comprendre le journal de guerre de Gaston Nitzer

 NB : Les cartes reproduites ici ont été tracées à la main par mes soins. (Nadia Pla)


1. L'organisation de l'armée française pendant la guerre de 1914-1918

- La division est constituée de différents corps d'armée, parmi lesquels, en ce qui concerne l'infanterie, des brigades.
- La brigade est constituée de 3 régiments d'infanterie.
- Il y a 173 régiments d'infanterie de l'armée française en 1914 (en réalité, on en trouve le double car ils ont été dédoublés en régiments de réserve (n°1 à 173) et régiments d'active (n°200 à 373)).
- Le régiment d'infanterie (3000 à 4000 hommes) est constitué de 3 ou 4 bataillons.
- Le bataillon (environ 1000 hommes) est constitué de 4 compagnies.
- La compagnie (environ 250 hommes) est constituée de 4 sections.
- La section (environ 60 hommes) est constituée de 4 escouades.
- L'escouade comprend environ 15 hommes.

Gaston Nitzer appartenait à la 57e division (celle de Belfort), 114e brigade, 372e régiment d'infanterie. Son affectation dans les compagnies varie (il en parle dans le journal). Quant aux effectifs des sections et des escouades, il semble qu'ils étaient en permanence remodelés, comme en témoignent les tableaux faits par Gaston Nitzer lui-même dont j'ai mis deux exemplaires en annexe. La raison en est malheureusement facile à comprendre : les blessés et les morts lors d'une bataille pouvaient réduire à néant les effectifs d'une escouade . . .

Toute cette 57e division (comprenant 6 régiments d'infanterie, les 235e RI, 242e RI et 260e RI dans la 113e brigade, et les 244e RI, 371e RI et 372e RI dans la 114e) suivra le même chemin, en Alsace en 1914-1915 puis en Orient (dans les Balkans) de 1915 à la fin de la guerre (Gaston Nitzer, lui, revient en France en 1917, évacué, et change ensuite de régiment).

 

2. La campagne d'Alsace 1914-1915

En 1914, les Vosges forment la frontière entre la France et l'Allemagne.

En août 1914, les troupes françaises lancent quelques offensives, puis se replient à la fin du mois. La guerre de tranchées s'installe pendant l'automne.

Quelques accrochages en décembre 1914 précèdent une offensive allemande massive en janvier 1915. C'est le début d'une longue série de batailles meurtrières et vaines, les deux armées faisant avancer la frontière, un jour d'un côté, le lendemain de l'autre.

Les choses en sont là quand Gaston Nitzer quitte l'Alsace en octobre 1915 et continueront à ce rythme jusqu'en février 1916, date où le point stratégique de la guerre sur le territoire français se déplace à Verdun.

Gaston Nitzer y reviendra fin août 1918 jusqu'à la fin de la guerre quelques mois plus tard.

 

3. La campagne d'Orient 1915-1917

 

a) Les guerres balkaniques au début du siècle

En 1908, l'Autriche-Hongrie et la Russie s'accordent pour pénétrer les Balkans, alors sous la domination turque de l'Empire Ottoman (sauf la Serbie et le Monténégro, qui avaient acquis leur indépendance en 1878). De nouveaux pays émergent : la Bosnie, annexée par l'Autriche-Hongrie et la Bulgarie (quant à la Serbie, elle est protégée par la Russie). Puis, en 1912, c'est l'Albanie qui prend son indépendance.

1912 : première guerre balkanique. L'Empire Ottoman échoue face à une coalition de la Serbie, la Bulgarie, la Grèce, le Monténégro et la Roumanie. Les Grecs s'emparent de Salonique (actuelle Thessalonique) et la Macédoine est libérée du joug ottoman.

1913 : deuxième guerre balkanique. Elle oppose les mêmes belligérants, sauf que cette fois-ci, c'est la Bulgarie qui est seule contre tous et c'est l'Empire Ottoman qui se joint aux autres. L'enjeu de cette guerre est le partage de la Macédoine, qui n'a donc pas eu le temps d'être indépendante. Finalement, elle est partagée entre la Grèce, la Serbie, le Monténégro et la Bulgarie (cf. la carte)


b) Les forces en présence en 1914

Allemagne
Autriche-Hongrie
Turquie (Empire Ottoman)
Bulgarie
France + Angleterre + Italie
Russie
Serbie
Grèce + Roumanie : neutres

 

c) L'intervention des pays occidentaux

En 1915, les Français et les Anglais décident d'ouvrir un front en Orient. Ils mènent une première offensive à Gallipoli, presqu'île du continent européen qui appartenait à l'Empire Ottoman, dans le détroit des Dardanelles. C'est un échec.

Ils décident ensuite de débarquer à Salonique (ce qui est d'autant plus maladroit que la Grèce est neutre !) pour aller soutenir la Serbie contre la Bulgarie. Celle-ci vient en effet d'envahir la partie serbe de la Macédoine et s'en prend bientôt à la Serbie elle-même.


 Des cartes complètes de la région à cette époque (autour de 1910) sont disponibles à cette adresse : http://lazarus.elte.hu/hun/digkonyv/topo/3felmeres.htm
 

En octobre 1915, la Serbie doit faire face à une attaque conjointe des Allemands, de l'Autriche-Hongrie et des Bulgares. Le corps expéditionnaire français (arrivé à Salonique au milieu du mois) tente de leur porter secours en novembre en remontant la vallée du Vardar, mais c'est trop tard : les Bulgares prennent Monastir et l'armée serbe doit se replier en Albanie.

Quant aux Français et aux Anglais, ils n'ont plus rien à faire dans la région. Toutefois, ils restent à Salonique, pour dissuader la Grèce et la Roumanie, neutres, d'entrer en guerre aux côtés de l'Allemagne et de la Turquie. De décembre 1915 à l'été 1916, la longue attente des Français dans les camps de Zeitenlick ou de Kjorzine, aux portes de Salonique, n'est interrompue que par un zeppelin allemand qui vient lâcher des bombes sur la ville dans la nuit du 31 janvier et par quelques incursions dans la région au printemps.

En juillet 1916, les Bulgares s'emparent de Florina. Les Français repartent en guerre et reprennent cette ville le 18 septembre puis, dans la foulée, Monastir le 19 novembre (où ils sont rejoints par l'armée serbe). Les Alliés (Français, Anglais, Italiens, Russes et Serbes, qui ont tous fait leur jonction) restent dans la région pour maintenir leurs positions.

Gaston Nitzer, malade, est évacué en mars 1917.

 

4. La dernière année de guerre pour Gaston Nitzer : retour au front occidental

Pour Gaston Nitzer, le reste de l'année 1917 est consacré à la convalescence, puis à divers stages et permissions.

Quand il repart au combat, entre janvier et octobre 1918, on le trouve (dans un nouveau régiment dont le numéro n'est pas précisé) en Lorraine, en Champagne, en Ile de France et enfin, les derniers mois, à nouveau en Alsace où il retrouve les flancs de l'Hartmannswillerkopf, près desquels il avait commencé la guerre en 1914. Il ne participe pas alors à des batailles décisives : il semble que son régiment soit engagé dans des opérations de « routine », si l'on peut dire, car elles n'en sont pas moins meurtrières.

 

Sources d'information et lien utiles :

Pour établir cette introduction historique, je me suis aidée en partie des sources suivantes :
- article d'Edouard BOEGLIN sur « Le Vieil Armand » (ou Hartmannswillerkopf) paru dans le quotidien « Le Pays » du 02 juillet 1998.
- ouvrage de Pierre MIQUEL, Les Poilus d'Orient (Fayard, 1998).
- site internet : http://pcoutant.free.fr/guerre.htm (sur les campagnes de la guerre de 1914-1918).
- site internet : http://www.pages14-18.com/ et notamment http://www.pages14-18.com/C_PAGES_DOCUMENTS/DOC/unit%C3%A9s_1914.pdf (sur la composition de l'armée française en 1914-1918).
[Actualisation : Ce site semble avoir disparu ; j'en garde toutefois la mention pour mémoire. On trouvera des informations équivalentes ici : http://guerre1418.fr/grande-guerre-14-18-soldats-bataillons]
- et, surtout en ce qui concerne les débuts de la guerre en Alsace, les informations orales de mon grand-père, le fils de Gaston Nitzer.
 
On trouvera d'autres informations sur la guerre de 1914-1918 et ses témoins sur les sites suivants :
- site internet : http://chtimiste.com/ (sur les campagnes effectuées par chaque régiment)
- site internet : http://www.association14-18.org/
(Les auteurs de ce site ont référencé notre page sur Gaston Nitzer, ainsi que de nombreux autres journaux de guerre publiés sur internet, classés par régiments ; pour accéder directement aux sommaires : http://www.association14-18.org/references/temoins/temoins-net_cont.htm ou http://www.association14-18.org/references/regiments/sources/SourceFrRI366376_cont.htm)

 

D'autre part, on pourra se pencher avec beaucoup d'intérêt et d'émotion sur le témoignage d'autres soldats qui ont fait la guerre dans le 372e Régiment d'Infanterie, comme Gaston Nitzer, et qui sont donc passés par les mêmes lieux que lui :

- Raoul Trémolières de 1914 à 1916, en Alsace puis en Macédoine (un journal tenu d'août 1914 à janvier 1915 et surtout des carnets de plusieurs centaines de dessins de 1914 à 1918): https://donjondecoucy.pagesperso-orange.fr/tremolieres/Carnets/Indexba.htm
 
- Alexandre Plaforêt de 1915 à 1917, en Macédoine (journal accompagné de photos dont certaines sont les mêmes que celles de Gaston Nitzer, comme je l'explique plus haut) : 
https://chiroubles-plaforet.fr/alexandre/alexandre1.html 
 
- Joannès Dessertine de 1915 à 1916, en Macédoine (journal) : http://www.chtimiste.com/carnets/dessertine/dessertine.htm
- Alphonse Finquel de 1914 à 1916, en Alsace puis en Macédoine (journal) : http://www.chtimiste.com/carnets/finquel.htm
 

Gaston Nitzer, un instituteur de la IIIe République

 

D'où viennent les documents reproduits ici?

Gaston Nitzer se trouve être l'arrière-grand-père de la rédactrice de ces pages, qui a renoué au bout de trois générations avec le métier d'enseignant. Son fils, mon grand-père donc, m'a transmis oralement les informations concernant sa vie ; il m'a aussi permis de consulter les documents soigneusement tenus et conservés par son père : outre quelques photos de classe, deux sifflets, un encrier, et la totalité de ses diplômes, on y trouve deux cahiers. Dans l'un, il a noté avec une précision remarquable les étapes de sa carrière (visiblement dans le but de réparer des erreurs de l'administration sur son temps de service, vu les copies de plusieurs lettres de réclamation toujours satisfaites) ; dans l'autre, il a recopié l'intégralité des rapports d'inspection le concernant.

 

VISITE DE L'ÉCOLE DE M. NITZER

Les passages qui suivent sont donc extraits du cahier dans lequel Gaston Nitzer avait recopié les rapports des inspecteurs venus en visite dans sa classe. La lecture de ces rapports nous restitue toute la vie de l'école, depuis les détails les plus triviaux, jusqu'au déroulement des cours.


BÂTIMENTS ET HYGIÈNE

Nous allons donc commencer notre visite en entrant par la petite porte.

- 1910, Morteau :
" Pour l'ardoise, avoir une cuvette ou un vase d'eau; avec des enfants si nombreux, dont certains me paraissent être d'origine suspecte, il n'est pas prudent de les laisser saliver en liberté."
 
- 1935, Pont-de-Roide :
" Quoique l'école ne date que de quarante ans, elle a l'aspect d'un vieux bâtiment. Une classe seule est au sud; la cour est exiguë et les WC insuffisants pour le nombre d'élèves."
 

 
LE MUSÉE SCOLAIRE

Notre visite se poursuit dans les locaux proches de la classe et dans la classe elle-même, où nous découvrons la richesse du matériel et des collections patiemment constituées par M.Nitzer. Nous voyons ce "musée scolaire" s'enrichir au fil des années.

 
- 1922 (mars), Pont-de-Roide :
" M. Nitzer a déployé beaucoup d'ingéniosité pour constituer un musée scolaire intéressant."
 
- 1924, Charquemont :
" Musée scolaire enrichi grâce à l'ingéniosité de M. Nitzer. Le matériel scientifique se complète assez rapidement. Un cinématographe vient d'être acquis par la commune. Il y a lieu de féliciter M. Nitzer pour son initiative."
 
- 1926, Charquemont :
" La classe est tenue avec beaucoup de goût, avec le souci visible de perfectionner sans cesse le matériel d'enseignement : cinéma, bibliothèque, etc."
 
- 1929, Saint-Hippolyte :
" Toute l'école est tenue avec soin et la classe de M. Nitzer peut servir de modèle aux autres pour le bon ordre, la recherche d'un aspect agréable dû à la netteté des classes et à la décoration bien disposée."
 
- 1931, Saint-Hippolyte :
" Très bonne décoration. Le matériel scientifique convenablement entretenu s'accroît régulièrement. De l'ingéniosité et du travail (tableaux de cartes postales pour l'enseignement de la géographie ; réparations)."
 
- 1932, Saint-Hippolyte :
" Depuis ma précédente visite, le matériel s'est enrichi d'une boîte permettant de ranger les cartes de géographie."
 
- 1935, Pont-de-Roide :
" - La bibliothèque a été remise en état ; tous les livres sont couverts et numérotés avec soin. il y a un registre pour chaque classe.
- Beaucoup d'appareils de physique (un microscope, machine pneumatique, balances diverses, pompes en verre, machines électriques, etc.). L'acquisition récente d'une cuvette profonde permettra l'étude expérimentale de la loi de Mariotte et des propriétés des vapeurs. D'innombrables produits chimiques sont classés avec soin.
- L'armoire d'histoire naturelle renferme des minerais, des bois, des engrais.
- Il y a aussi de nombreux tableaux d'histoire naturelle, des cartes historiques, des plâtres, une collection de solides.
- Les différentes classes ont maintenant une caisse à cartes.
- Un cinéma est régulièrement utilisé."
 

Remarque : bien que l'inspecteur n'en fasse aucune mention, je tiens à ajouter un autre élément qui a profondément marqué mon grand-père (qui avait entre 7 et 11 ans lors du séjour à Pont-de-Roide) : l'armoire d'histoire naturelle contenait également un crâne humain.

 
- 1939, Besançon :
" Je note l'existence de nombreuses collections relatives à l'enseignement de la géographie et des sciences. Intéressante collection de cartes postales relatives à la France d'outre-mer. Ces collections sont le fruit de vingt ans de travail."
 

 
LES COURS

Après avoir apprécié la richesse et l'intérêt de ces ressources, asseyons-nous dans la classe pour y assister à quelques cours, où nous verrons que M. Nitzer fait preuve des meilleures pratiques pédagogiques. Il est rassurant de voir que certaines de ces pratiques ou démarches pédagogiques, théorisées dans les plus récentes réformes de l'Éducation, étaient déjà appliquées spontanément à l'époque par un enseignant de bon sens.

 
- 1922 (mars), Pont-de-Roide :
" - Arithmétique : problèmes biens choisis, généralement compris.
- Leçon de sciences appliquée à l'agriculture : soins à donner au bétail (espèces bovine, ovine et caprine). Matière bien ordonnée. Les élèves sont étroitement associés à l'exposé, leurs réponses sont généralement satisfaisantes.
- Interrogations en Histoire sur la situation de la France en 1789: questions méthodiques posées clairement. De l'ingéniosité pour guider les élèves et les remettre sur la voie. Bonnes réponses en général faites avec une certaine aisance. Récitation satisfaisante.
- Calcul mental : usage judicieux du procédé Lamartinière. Bons résultats. La classe de M. Nitzer est bien entrainée."
 
- 1922 (décembre), Pont-de-Roide :
" - Orthographe : correction bien dirigée d'une dictée. M. Nitzer appelle à nouveau l'attention des élèves sur les difficultés orthographiques. Il fait rappeler à ce propos les règles essentielles qu'il y avait lieu d'appliquer. La correction met bien en jeu l'activité de tous les élèves. M. Nitzer continue à donner son enseignement dans d'excellentes conditions. Il a de l'autorité et sait donner du relief à tout ce qui doit être compris et retenu. Bons résultats."
 
- 1926, Charquemont :
" - Leçon de calcul CS (Cours Supérieur) : la règle de trois inversement proportionnelle. Comme il est de bonne pédagogie, le maître laisse le plus possible les élèves trouver eux-mêmes la marche à suivre pour résoudre les questions d'arithmétique qui leur sont proposées."
 
- 1929, Saint-Hippolyte :
" - Préparation : un journal de classe arrête les programmes des journées. Les plans des leçons sont établis sur fiches"
" - Education et discipline : Bien. L'autorité et le sérieux du maître maintiennent les élèves au travail et préviennent toute tentative de dissipation, ce qui est particulièrement appréciable dans ce genre de classe mixte où la discipline est délicate."
" - Chimie : les matières amylacées ; la fécule. Le corps est préparé, extrait de la pomme de terre, puis étudié dans ses diverses propriétés au moyen d'expériences. Il est comparé à l'amidon qui a fait l'objet d'une étude précédente. Une partie d'application à l'enseignement ménager s'adresse spécialement aux jeunes filles."
 
- 1932, Saint-Hippolyte:
" - Hygiène : interrogation "maladies transmissibles (tuberculose)". Interrogation très bien conduite : elle contrôle le travail personnel et les connaissances, précise à l'occasion les souvenirs. Ce qu'il est utile de savoir en ce qui concerne tuberculose et rage est connu.
- Compte-rendu de composition française : le sujet du devoir objet du compte-rendu est lu puis relu ; chaque élève prend rapidement connaissance des appréciations et corrections notées sur son travail. Puis le maître indique comment il convenait de traiter le sujet; les idées exposées sont judicieuses. En ce qui concerne le fond, les plus caractéristiques des fautes commises sont signalées, appréciées, corrigées au besoin. Un point de détail: il aurait peut-être été utile de faire lire ou réciter dès le début la fable évoquée."
 
- 1935, Pont-de-Roide :
" - Morale : interrogation "La culture de l'intelligence". Les élèves s'expriment avec beaucoup de naturel et assez d'aisance ; on voit qu'ils s'intéressent aux questions traitées. Le maître provoque et guide habilement les élèves sans se départir d'une grande simplicité. Les paroles sont prenantes parce qu'elles sont inspirées par la conduite même de sa vie et l'idéal qu'il sert: dédain de la fausse curiosité, attachement passionné à la recherche et à la dispensation de la vérité ; modestie qui n'est pas humilité mais connaissance de ses limites et dédain de tous les bluffs. Avec les élèves, il se tient à mi-hauteur entre une familiarité de mauvais aloi et une attitude condescendante : il est tout près des élèves, mais en restant "le maître". il montre, au cours de son interrogation, un large esprit d'accueil ; il laisse les élèves dérouler leurs exemples, mais examine ensuite avec eux s'ils sont également pertinents.
- Géométrie : les projections. La géométrie dans l'espace est enseignée intuitivement. Pour les projections, trois tableaux disposés perpendiculairement, de gros solides fabriqués à l'usine, un fil à plomb, une équerre double ont été utilisés : il n'est pas étonnant que les élèves soient parvenus à "voir dans l'espace". un exercice au tableau est mené avec une souhaitable rigueur quant au tracé (lignes de projection en rouge) et à la propriété des termes."
 
- 1939, Besançon :
" - Lecture expliquée : morceau d'Anatole France. Lecture partielle du maître, puis lecture dirigée intelligemment par le maître. La lecture des élèves est de la bonne lecture courante suffisamment expressive. Cette lecture sert d'amorce à une leçon de grammaire relative aux verbes. C'est la méthode logique d'enseignement de la grammaire."
 

Remarque : cette méthode d'enseignement de la grammaire qui se fonde sur un texte que l'on étudie par ailleurs pour son intérêt littéraire (et que notre inspecteur de 1939 qualifie de "la méthode logique") n'est rentrée dans les programmes de français que lors de la dernière réforme du collège (1996).

[NB : j'écrivais ces lignes en 2000]


ÉLOGES DU MAITRE

Nous finirons notre visite de l'école de M. Nitzer par quelques appréciations générales sur la personne du maître, où l'on verra que, du compliment mesuré envers le jeune stagiaire au presque dithyrambe envers l'enseignant accompli, les éloges suivent M. Nitzer tout au long de sa carrière...

- 1910, Morteau :
" M. Nitzer est un jeune maître ayant de la facilité et de l'autorité. La discipline me paraît faite de fermeté et de douceur. Quoique fatigué cet hiver, il a repris courageusement son service. Je lui recommande de se ménager."
 
- 1929, Saint-Hippolyte :
" M. Nitzer donne un enseignement sérieux et solide, très consciencieusement préparé; par son exemple et par ses méthodes, il entraîne bien ses élèves au travail. Son autorité est bien établie dans sa classe et dans son école."
 
- 1932, Saint-Hippolyte :
"M. Nitzer est un maître actif, laborieux, dévoué. Il se consacre pleinement à la direction de son école et en particulier de son cours complémentaire. Par son enseignement solide, son application à sa tâche, le bon exemple qu'il donne, il exerce une action heureuse dans cette région."
 
- 1935, Pont-de-Roide :
" M. Nitzer s'efforce de maintenir dans son école, discipline, tenue, homogénéité; il exerce sur ses collaborateurs un contrôle bienveillant, mais précis, efficace et avec suffisamment de tact pour que ses visites et ses conseils soient toujours agréés. Il est parvenu à doubler en deux ans l'effectif de son cours complémentaire ; sa discipline est ferme, mais sans contrainte; son enseignement est substantiel, donné avec clarté et simplicité. Les élèves s'y intéressent vivement, s'appliquent à leur travail et parviennent à un niveau tout à fait excellent. Il exerce sur toute la région l'influence la plus heureuse. C'est un des meilleurs ouvriers de notre école."
 
- 1939, Besançon :
" Enseignement sérieux, solide, plus que brillant, M. Nitzer est un maître d'une haute conscience professionnelle dont j'apprécie fort les qualités d'instituteur et de directeur d'école."
 


 

Gaston Nitzer au milieu de sa classe à Pont-de-Roide (entre 1920 et 1923)